Une adoption rapide, mais inégale selon les groupes
Selon NETendances 2024, un tiers des internautes québécois ont déjà utilisé un outil d’IA générative. Cette adoption varie cependant en fonction de plusieurs facteurs :
- 58 % des 18-34 ans utilisent l’IAG contre seulement 13 % des 55 ans et plus.
- Les personnes à hauts revenus et ayant une formation universitaire sont les plus nombreuses à exploiter ces outils.
- 59 % des utilisateurs déclarent en faire usage au moins une fois par mois.
L’étude souligne ainsi une fracture numérique, où certaines catégories de la population restent en marge de cette transformation technologique.
Des craintes omniprésentes : désinformation, biais et sécurité des données
Si l’IA générative séduit, elle inquiète également. 89 % des internautes qui connaissent ces technologies expriment au moins une crainte. Les préoccupations principales sont :
- La propagation de fausses nouvelles (51 %).
- La diminution du sens critique humain (49 %).
- Les risques pour la sécurité des données personnelles (49 %).
- Les enjeux éthiques et réglementaires (44 %).
- La reproduction des biais déjà présents sur Internet (40 %).
Par ailleurs, 63 % des utilisateurs d’IA générative se disent préoccupés par la confidentialité de leurs données lorsqu’ils interagissent avec ces outils.
💡 À retenir : Les personnes ayant une meilleure connaissance de l’IA expriment généralement plus de craintes à son sujet, une tendance qui reflète une prise de conscience des risques technologiques.
L’impact sur l’emploi : entre optimisme et inquiétude
L’arrivée massive de l’IA générative suscite aussi des interrogations quant à ses effets sur le marché du travail :
- 41 % des travailleurs estiment que leur emploi ne sera pas impacté par l’IAG.
- 26 % pensent que l’IAG améliorera leur efficacité.
- 9 % craignent que leur emploi disparaisse d’ici trois ans.
💡 Perspective : Alors que certaines tâches répétitives risquent d’être automatisées, les entreprises doivent intégrer stratégiquement l’IAG pour gagner en productivité sans nuire à l’emploi.
Confiance et usages acceptés : l’IA comme outil, mais pas comme décideur
Les internautes font confiance à l’IAG pour certaines tâches, mais restent prudents :
- 57 % des utilisateurs font confiance à l’IA pour rédiger ou réécrire du contenu.
- 50 % lui accordent une confiance modérée pour donner des conseils.
- Seuls 20 % lui font fortement confiance pour prendre des décisions.
Cette méfiance illustre une volonté de garder un contrôle humain sur les décisions stratégiques, tout en exploitant l’IA pour optimiser et structurer l’information.
Le défi du consentement à payer pour l’IAG
Malgré son succès, l’IA générative fait face à une réticence massive concernant le paiement :
- 70 % des utilisateurs refusent de payer pour un outil d’IAG.
- Seuls 7 % déclarent déjà payer pour un service premium.
💡 Tendance : Les entreprises développant des IA génératives devront repenser leur modèle économique, car la gratuité reste une attente forte des utilisateurs.
Les données personnelles : une inquiétude grandissante
Au-delà de l’IA générative, NETendances 2024 met en évidence une sensibilité accrue à la protection des données personnelles :
- 77 % des internautes se préoccupent de la collecte et de l’utilisation de leurs informations en ligne.
- 82 % sont mal à l’aise à l’idée de partager leurs données bancaires (+21 % par rapport à 2022).
- 46 % ont été victimes d’une fraude en ligne ces cinq dernières années.
Ces chiffres révèlent une crise de confiance envers les acteurs numériques, particulièrement envers les GAFAM, jugés intrusifs dans leur exploitation des données.
Vers une régulation plus stricte?
Face à ces préoccupations croissantes, la régulation devient une priorité. Les experts estiment qu’il faut :
- Établir des Cadres Législatifs
- Mettre en place des lois plus strictes sur la protection des données personnelles.
- Introduire des normes qui obligent les entreprises à respecter les droits des utilisateurs, comme le consentement éclairé.
- Promouvoir l'Éducation Numérique
- Offrir des programmes de sensibilisation sur la protection des données et les droits numériques.
- Former les utilisateurs à comprendre les enjeux de la vie privée et à gérer leurs paramètres de confidentialité.
- Encourager l'Utilisation de Technologies Éthiques
- Développer et promouvoir des alternatives aux services des GAFAM qui respectent la vie privée.
- Soutenir les entreprises qui adoptent des pratiques de collecte de données responsables.
- Impliquer les Utilisateurs dans la Gouvernance des Données
- Créer des plateformes où les utilisateurs peuvent exprimer leurs préoccupations et suggestions concernant la gestion de leurs données.
- Encourager la participation citoyenne dans les discussions sur la réglementation des données.
- Mettre en Place des Mécanismes de Recours
- Établir des procédures claires pour que les utilisateurs puissent contester l'utilisation de leurs données.
- Assurer un accès facile à des recours juridiques en cas de violation de la vie privée.
- Adopter des Pratiques de Minimisation des Données
- Limiter la collecte de données aux informations strictement nécessaires pour le service.
- Garantir que les données sont utilisées de manière proportionnelle et justifiée.
- Utiliser des Audits Indépendants
- Faire appel à des tiers pour auditer les pratiques de gestion des données des entreprises.
- Publier les résultats des audits pour renforcer la confiance des consommateurs.
Sources juridiques actuelles
2021 :
Loi européenne sur l'IA
- Premier cadre juridique complet sur l'IA au monde. Établit une classification des systèmes d'IA basée sur les risques et impose des obligations strictes pour les systèmes à haut risque. Impact significatif sur les entreprises canadiennes faisant affaire avec l'UE.
2021 :
Loi québécoise sur la protection des renseignements personnels
- Modernisée pour inclure des dispositions spécifiques sur l'IA. Exige des évaluations d'impact pour les systèmes automatisés de décision et renforce les droits des individus concernant leurs données personnelles.
2022 :
Projet de Loi fédérale sur l'IA et les données
- Vise à encadrer le développement et le déploiement des systèmes d'IA au Canada. Introduit des exigences de transparence, d'équité et de responsabilité pour les développeurs et utilisateurs d'IA. Tombé avec la prorogation du parlement, mais peut servir de guide.
En cours :
Loi fédérale sur la protection des renseignements personnels
- En cours de révision pour mieux encadrer l'utilisation des données personnelles. Harmonisation potentielle avec des lois internationales, comme le Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l'Union européenne.
Conclusion : l’IA générative, entre opportunités et vigilance
L’intelligence artificielle générative est en train de redéfinir notre rapport à la technologie. Si son adoption au Québec est en pleine expansion, elle s’accompagne d’inquiétudes légitimes, notamment en matière de sécurité des données et de biais algorithmiques. Pour assurer un développement éthique et durable de l’IAG, les entreprises, les gouvernements et les citoyens doivent collaborer afin de trouver un équilibre entre innovation et protection des droits numériques.
Source :
Net Tendance 2024 - enquête intitulée "Intelligence artificielle générative et données personnelles"